Arnaud GINIONS

Pas si simple de libérer ses chaines
 
Nous nous contraignons parfois dans la peau d’un esclave à soi-même. S’imposant des postures qui ne nous représentent pas ou plus en profondeur. Nous nous noyons dans une nécessaire répétition (à l’image de l’habitude) qui nous rassure et nous porte. Mais parfois cette répétition  enferme, emprisonne, et enchaîne. Suis-je encore moi ? En fin de compte nous évoluons, rien n’est jamais vraiment pareil dans la vie et l’essentiel et de laisser vivre du désir. Désir de liberté ! Désir d’être le plus authentique avec soi-même et cela est un boulot de long haleine.
 
 
Car sommes nous entièrement libre d’être. Notre volonté ne suffit pas pour maîtriser nos pulsions, pour lire notre inconscient ou pour comprendre nos façons d’interagir. Nous portons l’illusion de tout contrôler. Ceci dit nous sommes responsable de notre désir de liberté ! Nous la chérissons et nous en prenons soin du mieux que l’on peut, avec ce que l’on est.
 
Pour se déchaîner, j’ai un truc… soyez clown ! Parce que le clown détient le paradoxe du nez rouge. Ce plus petit masque au monde qui ne cache rien, qui ne cache qu’une partie du visage peu expressif, permet en définitif de se démasquer. C’est pour cela qu’il est si fragile le clown et pas si simple d’être clown. Son masque fait tomber les masques de votre quotidien et rend toute votre liberté d’être sans barrière (ou presque parce que quand même vous restez vous!)
 
Appréhender ses chaînes et chérir sa liberté c’est aussi permettre de combattre les esclavages que nous construisons à autrui volontairement ou involontairement. C’est là aussi un boulot de longue haleine. Mais nous avons du souffle, n’est ce pas !
 
Arnaud Ginions
Art-thérapeute, clown et animateur socioculturel

Cris SanFran

No culture, no thought, no future

La presse me lasse. Elle me désespère tellement que j’ai l’impression de ne rien apprendre et qu’elle m’induit toujours en erreur. Toujours ce sentiment de ne rien savoir, de ne rien comprendre. Toujours les mêmes schémas reproducteurs de pensée, les mêmes thèmes abordés, les mêmes questions et les mêmes réponses, qui ne sont ni des questions, ni des réponses en fait, mais le même baratin qu’on nous assène à longueur de unes, d’entrefilets et d’année. Comme les discours d’un bonimenteur.

Les mêmes thèmes reviennent sans cesse : la doxa économique européenne et la nécessité absolue des réformes dites justes, le racisme, l’islamophobie, la pub _ gratuite _ pour le FN. Accessoirement un petit article qui peine à écrire (un article n’écrit pas) que les gens en ont marre, se fracassent le crâne contre le quotidien et s’enlisent dans le désespoir, que les fermetures d’entreprises, les salaires trop bas et le coût de la vie mettent des dizaines de milliers de familles à la rue chaque année, que les universités sont en ruine, que l’Education Nationale n’a que le minimum vital pour enseigner, que l’accès à l’alimentation, au logement et aux soins est un parcours du combattant.

C’est comme si on voulait nous convaincre que les gens sont foncièrement racistes et islamophobes _ d’accord, ça existe mais l’humain vaut mieux que cela, non ? _ alors que si la presse ne faisait pas inlassablement les parallèles : musulman = terroriste ; ou fonctionnaire = nanti ; ou salarié = réac ; ou artiste = fainéant… La plupart des gens n’y penseraient même pas, trop occupés qu’ils sont à se bousiller les neurones au boulot pour boucler les fins de mois. C’est, surtout, en politique, comme si on n’avait d’autre choix que de voter pour un parti fort _ fort bien encarté : le PS ou les LR (le L veut déjà dire Les) sous peine de se retrouver sous la coupe d’un parti fasciste, le FN ou d’un parti communiste_ PG, PCF, PRG et j’en passe. Comme si on n’avait pas le choix : on fait un copier-coller, une fois à gauche, une fois à droite, pour la même politique quoi qu’il arrive et ils appellent cela l’alternance. Laquelle ?

Et puis, il y a la télé. La télé qui nous gave de reality-shows, émissions de variétés, séries TV, films à grand public… Des magazines d’information calqués sur la presse écrite et qui nous assènent que «There is no alternative». On travaille _ pour ceux qui ont de la chance _, on s’abrutit bien comme il convient de le faire et on la ferme. On produit, on reproduit et on reproduit encore. Et quand on a fait tout ça dans notre journée, on roupille du sommeil du juste. On roupille et on ronronne. Et surtout, on ne réfléchit pas. Très pratique. En fait, on devient pratique et praticable. Et adaptable. Et malléable.

Et puis il y a l’enseignement. L’enseignement de plus en plus à ras les pâquerettes. Une de mes amies prof de lettres, enseignante en lycée et fac et qui a effectué un remplacement d’un an dans un collège, m’a littéralement sidérée. On lui avait fortement recommandé _ en fait, c’était une injonction _ d’accepter et même d’enseigner la littérature enfantine à ses élèves. Elle a toujours refusé. Une rebelle, la copine : faut pas plaisanter avec la littérature. Néanmoins, elle est souvent correctrice des copies d’examens et elle s’est retrouvée avec des copies d’épreuves de français au Brevet des collèges et même à l’épreuve anticipée de français au Bac qui citaient Oui-Oui et le Club des Cinq. Il y a de quoi se faire du mouron quand des gamins de 15 ou 17 ans n’ont pour seule culture que Oui-Oui ou le Club des Cinq et consorts.

Étant moi-même parent, je me suis très vite aperçue que si je voulais que mes enfants démarrent dans la vie avec un bagage intellectuel minimum, il fallait que je m’y colle. Et ça, ça a été ma troisième journée de boulot dans mes 24 heures quotidiennes. Je ne voulais pas que mes enfants grandissent comme des ânes. Je voulais qu’ils démarrent dans la vie avec un minimum de culture générale et, surtout, qu’ils apprennent à réfléchir et fassent preuve de subtilité dans leurs jugements et de maturité à l’âge adulte. Un sacré investissement personnel. Mais si les parents n’ont pas les bagages intellectuels nécessaires pour apprendre tout cela à leurs enfants, qui va le faire ? Personne. Et les enfants seront ce que leurs parents sont : ouvriers ou employés de bureau. Tout est fait, en fait, pour que l’inculte reste inculte et l’inégalité des chances n’est, à mon avis, qu’un argument électoral.

Quant à la culture, il n’y a de culture que culture officielle, culture des élites, grassement subventionnée, pour des élites déjà aisées financièrement. Les pouvoirs en place ne cessent de casser les droits des intermittents et de saigner les indépendants alors que l’argent de l’Etat va tout le temps dans les mêmes poches, des poches déjà riches à millions : cinéma, théâtre, maisons d’édition, musique. On en reste à la culture de la bourgeoisie, pour la bourgeoisie. Les jeunes créateurs, l’Etat s’en fout. C’est tout juste si on laisse quelques miettes aux petits créateurs, histoire de ne pas perdre leurs voix pour les élections. Une histoire de caste.

Une société de caste. Le rapport avec l’esclavage, dans tout ça ? Eh bien, il est simple. Quand on m’a demandé un article sur l’esclavage, j’ai immédiatement pensé à l’esclavage intellectuel, l’esclavage de la pensée. Tout est fait pour que les gens ne pensent pas, ne soient pas créatifs, qu’ils restent bien à leur place. Imaginez qu’un enfant se cultive et devienne un penseur à l’âge adulte ? Et qu’il ait des idées subversives ? Et qu’il y ait des dizaines de milliers d’enfants, comme ça, chaque année, qui se cultivent et deviennent des penseurs, une fois adultes et diffusent des idées subversives et nous enseignent, à nous tous, que les riches sont trop riches et trop puissants et que ça n’a aucune raison de perdurer et qu’on peut rétablir l’équilibre dans la balance du pouvoir et de l’argent ?

Cris SanFran.

Yas MUNASINGHE

Liberté

Didier GERARDIN

Libre

Isabel MARIN

Outil Animé

Mika

Visage

Hanicka ANDRES

On est tous des esclaves

Réalisation : Hanicka ANDRES
Témoignage : Frédéric PELTIER

Francesco

Esclave.

Quel sens a ce mot, quelle est son interprétation,
Comment peut on l’écouter, l’accepter,
Comment avons-nous pu lui donner une signification,
D’où est il arrivé, quelle est l’origine de sa dénomination (les points d’interrogation ?)

Plus d’un être humain a osé le citer en public lors d’allocution,
T’entendre est un hymne à la provocation
Tes deux syllabes raisonnent comme une agression
Cette sentence, que plus d’un homme a martyrisé,
Mériterait de tous les dictionnaires, une exclusion
Moi, je serais pour t’incriminer d’outrage voir diffamation

Qui aurait pu croire à cela dans notre civilisation !
Qui aurait pu imaginer une telle aberration ?
Réduire son semblable à l’état de domestication
Ne plus lui donner aucune considération
Cela va beaucoup plus loin que notre propre imagination
L’humain est vraiment la pire des perversions

Abuser et tirer profit d’autrui, devient une exploitation
Devenir contre sa volonté le fruit de subordination
Faire subir au corps et à l’âme une totale ablation
Ôter de l’esprit toute sorte de conviction
Nous devons lutter contre cette forme d’oppression

On peut être esclave de beaucoup de choses,
On l’est tous une fois dans sa vie,
De sa pensée, de son travail, de sa hiérarchie, …
D’un maitre, d’une drogue, d’un état d’hypnose

Esclave n’a pas choisi son destin,
Il n’a pas choisi d’être au service de quelqu’un,
Par malheur, ce dernier a croisé ton chemin,
Par la violence et le mépris, tu es devenu sien,

Esclave, synonyme d’absence de liberté
Les deux pieds et bras enchainés,
À partir d’aujourd’hui te voilà à ciel ouvert emprisonné,
Même en levant le doigt, pas le droit de t’exprimer,
La seule chose qui te reste, ce sont tes pensées,

Esclave, un instrument tout juste à peine considéré
Que tu le veuilles ou non, tu deviens ma propriété
Victime d’honteuses promiscuités
Tu as dû subir et résister à ces souffrances qu’ils t’ont imposées,
Par persévérance et courage, tu as pu quelquefois t’en échapper,
Par malheur, beaucoup d’entre vous y sont restés

Esclave, il t’arrivait même d’être vendu ou acheté,
Comme un vulgaire linge sale tout abîmé,
Plus de corps, plus d’âme, un simple objet,
Tes maitres sans cœur en auront bien profité,
Esclave, pourquoi t’es-tu laissé capturer ?
Croyais-tu qu’ils étaient venu pour vous aider,
L’humain, ne se déplace jamais si loin sans intérêt,
La preuve, l’histoire est là pour nous (le) rappeler

Esclave, ce n’est pas ta décision,
Tu es la simple résultante de la colonisation
Esclave, on se fout de ton opinion,
Dans les tranchées ou les champs de coton,
Pas de place à la moindre protestation
Pas le droit de donner ta lettre de démission

Esclave, tu existe depuis les dieux Apollon et Poséidon,
Tu as su t’adapter à toutes les générations
Allez c’est le moment de faire les présentations !
« à vos ordres monsieur patron »
« Je vous présente mon plus fidèle compagnon »
« il est tout droit issu de l’immigration »
« Dites-moi, mais que sont toutes ces contusions »
« Ce n’est rien, il souffre en ce moment de diverses commotions »

Esclave, tu es victime de conspiration
C’est toujours toi à la fin qui paye l’addition
Dur la cohabitation dans de telles conditions,
Pas facile devenir un simple produit de consommation

Esclave, l’homme heureusement, est revenu à la raison
Arrivé le temps de la rédemption,
D’un commun accord, ils ont constitué une coalition
Des siècles à attendre cette foutue abolition
Il nous faudra du temps pour la cicatrisation

Esclave, est venue l’heure de ta libération,
Surtout ne vous excusez pas, ne demandez pas pardon
Bande d’invertébrés, vous ne méritez que le retour du bâton,
Honte sur vous, vous n’êtes que le reflet de l’abomination,

Esclave, ne te réjouis pas, nous n’avons pas encore atteint la guérison
Le mal est toujours présent, ici, ailleurs,
Victime toi aussi de la mondialisation
Nous devons tous croire en tes jours meilleurs
Celui ou l’esclavage obtiendra une définitive interdiction
Allez on se concerte messieurs les seigneurs,
Nous voulons du concret, une vraie homologation

Esclave, bravo pour ton courage et ta contribution,
Bravo d’avoir fait preuve de tant d’abnégation,
Et ne venez pas lui dire qu’il y a prescription,
Demandez lui, il vous dira ses impressions
Tu mérites beaucoup plus ta place que d’autre au panthéon
Ceci est mon simple avis, mon opinion….