Nicolas MAZEAU

Mon amie, mon ami,

Je t’écris d’une partie du monde où l’on oublie que la terre est ronde, où l’ordre établi a péri, où tous les possibles sont réunis.

Il m’a fallu tant d’énergie, tellement d’envie, toute une vie pour en arriver là, là où je suis moi.

Tu sais mes doutes et mes émois, l’incertitude de mes élans, les faux semblants dont j’usais trop souvent.

Tu sais mes amours et mes désirs, mes interdits, mes mensonges qui me rongent, mes compromis trop permis.

Tu sais mes errances et mes chemins, la douleur qui a effacé ma candeur, toutes mes erreurs à la recherche d’un certain bonheur qui ne s’avère qu’un leurre.

Et me voici ici, à un moment de ma vie dont je t’avertis.

Enfin, je sais qui je suis, et c’est ce que j’ai choisi.

Quelque chose me dit que cette conclusion ne te surprendra pas, sans doute est-elle le fruit de mes aventures, de mon périple émaillé de blessures et de ruptures, d’hésitations et de confusions.

Aux multiples questions, sempiternelles interrogations, ma réponse était à créer. Je ne suis ni l’un ni l’autre, ce choix imposé : je l’ai renié, écoutant la voix innée qui palpite en moi, je me suis accepté tel que je suis né.

De là où j’en suis, je te l’écris, je te le crie, j’ai rejeté la binarité de notre humanité. A l’imposition de mon destin, je m’abstiens, aux normes rigides de cette société bienséante, je m’absente, à la vie qu’ils veulent me prescrire, je préfère partir

Mon ami, mon amie, je sais que tu pourras comprendre ce que j’ai mis tant d’années à appendre, je sais que tu pourras accepter ce contre quoi j’ai lutté et qui était pourtant moi. Je sais que tu pourras préserver cette amitié malgré ce qui t’es enfin révélé.

Aujourd’hui, c’est comme si je venais de naître, refusant de n’être qu’un homme ou qu’une femme.

Je sais que je dérange de n’appartenir à aucun genre. Pourtant, je me prélasse, je me délasse dans cet espace d’entre deux chemins. Je souris à l’idée qu’aucun d’eux n’est mien, je suis autre, je suis ailleurs, et l’accepter m’emplit de félicité, de fierté.

Ni masculin(e) ni féminin(e), je me sens bien.

Ni féminin(e) ni masculin(e), je m’anime.

J’ai au creux de moi cet état improbable et inacceptable qu’il m’a fallu approcher, apprivoiser, aimer aussi. Il est la clé de mes pensées mêlées, de mes effusions violentes, de mon corps inhabité qui vit enfin.

Ni fille ni garçon… Quelque part entre les deux et les deux en même temps.

Je suis rose et bleu(e), ni bleue(e) ni rose.

Je suis une couleur qui pense à toi, et t’envoie ce secret apaisé.

Fidèle à mon identité rebelle

Ton ami

Ton amie.

Nicolas Mazeau